Aïcha
Coralie Lavergne
2023 - 18 minutes
France - Fiction
Production : Les Films du Clan
synopsis
Elsa, 12 ans, vit avec sa mère dans un petit village de Provence. Elle attend avec impatience la venue de son grand-père algérien qui leur rend visite pour la première fois. Contre toute attente, cette rencontre va bouleverser sa relation avec sa mère.
biographie
Coralie Lavergne
Née en 1988, Coralie Lavergne est actrice, scénariste et réalisatrice. Passée par le secteur des relations internationales, elle a commencé à écrire des scénarios, s'étant formée au sein de Groupe Ouest, et à réaliser des films en 2018.
Trois courts métrages se sont ainsi succédés, qui ont participé au total à plus d’une centaine de festivals à l'échelle internationales (Aix-en-Provence, Paris Courts Devant, Music & Cinema Marseille, Festival Format court, etc.) et qui ont été diffusés sur Arte : Champagne (2019), Frère et sœur (2021) et Aïcha (2023), inspiré de sa propre histoire familiale puisque sa mère est d'ascendance kabyle. Elle apparaît en outre dans les deux premiers cités.
Les motifs de l'identité multiple et de a reconnexion aux origines se situent au cœur de son travail, qu’elle poursuit à travers un projet de premier long métrage : À bord, la vie.
Elle a développé en outre un projet de série de 6 x 52 minutes, Marguerite, Malika, Chérif et leurs frères, qui a été lauréat du Festival des scénaristes de Valence en 2021 et de la Bourse Beaumarchais l'année suivante..
Critique
Un port, une voiture, un silence. Avant même que Saïd ne descende du bateau, tout est dit dans l’habitacle où Elsa, fébrile, et sa mère Émilie, crispée, n’échangent pas un mot. Dans son troisième court métrage, Coralie Lavergne place sa caméra là où ça pince : dans l’espace étroit qui sépare deux façons de vivre un même héritage.
Il suffit parfois d’une journée pour déplacer une histoire familiale. Elsa découvre que sa mère a changé de prénom, qu’elle ment à son père sur sa vie en France et que celui-ci a refait sa vie de l’autre côté de la Méditerranée. En quelques heures, l’image qu’elle se faisait de sa mère vacille.
Nourrie de l’histoire de la réalisatrice – sa mère a cessé de s’appeler Aïcha en arrivant en France, à quatorze ans –, la mise en scène choisit la retenue. La complexité franco-algérienne n’est pas expliquée : elle affleure dans un prénom abandonné, une langue arabe jamais parlée devant l’adolescente, un mensonge, un regard qui se détourne. Le film privilégie ce qui se devine à ce qui se proclame.
Quelques motifs visuels prolongent ces non-dits. Un rideau de perles marque ainsi un seuil, tandis que le grand-père regarde la télévision ; Émilie semble incapable de franchir la frontière avec ce passé qu’elle a tenu à distance. Elsa, elle, la traverse sans y penser. Les plans rapprochés s’attardent sur les visages et les regards. La lumière du Sud enveloppe les personnages d’une douceur presque contradictoire avec les tensions qui les traversent.
C’est là qu’Aïcha trouve sa résonance collective. Le film accompagne une génération qui cherche à comprendre ce que ses parents ont parfois dû taire ou abandonner pour trouver leur place en France, celle qui fouille les silences familiaux, se tourne vers les grands-parents et revendique la possibilité de porter plusieurs histoires à la fois.
Ce qui compte n’est pas tant ce qui s’explique que ce qui recommence à circuler : un prénom, une langue, un objet, une mémoire. La réalisatrice filme moins une réconciliation qu’un mouvement de reconnexion, celui d’une fille qui ose poser les questions que sa mère n’a jamais pu poser. Et, avec elles, la possibilité enfin de refaire le pont entre les deux rives de la Méditerranée.
Léa Drevon
Réalisation et scénario : Coralie Lavergne. Image : Vadim Alsayed. Montage : Adrien Léongue. Son : Florent Castellani, Lucas Héberlé, Dimitri Kharitonnoff et Nathan Robert. Musique originale : Max Zippel. Interprétation : Antonia Buresi, Romane Libert et Lounes Tazaïrt. Production : Les Films du Clan.


