Extrait

Mon p’tit papa

Mahaut Adam

2022 - 18 minutes

France - Fiction

Production : Ecce Films

synopsis

La main dans le sac ! Quand son petit copain la surprend en plein rencard avec un homme de 50 ans, Mira ne voit qu’une seule solution : le faire passer pour son père.

Mahaut Adam

En même temps qu'elle poursuit des études de Lettres modernes et de Littérature générale et comparée, Mahaut Adam (née en 1997) est rédactrice pour plusieurs magazines sur le Web.

Apparue dans Les deux amis de Louis Garrel en 2015, elle écrit et réalise Mon p'tit papa, produit par Ecce Films, en 2022. Pré-acheté par Canal+, le film fait partie de la Sélection officielle du César 2024 du meilleur court métrage de fiction. Il remporte également le Prix du jury étudiant au Festival du film de Cabourg.

Mahaut Adam retrouve alors sa comédienne Anaïde Rozam avec Sam & Lola, une production des Films Norfolk. Elle lui donne la réplique à l'écran, ainsi qu'à Martin Jauvat, son compagnon à la ville, qui l'aura en outre dirigée en outre à la faveur de seconds rôles dans Grand Paris (2020) et Baise-en-ville (2026).

Critique

Au-delà du critère de durée, les différentes réalisations reliées à la “galaxie Jauvat” se complètent et se reflètent – et les fidèles de notre plateforme peuvent aisément s’en rendre compte. Après Sam & Lola, mis en ligne en février, on pourra se délecter du style comique que tisse Mahaut Adam à la faveur de son film précédent : Mon p’tit papa.

Parmi les éléments communs à ce paysage humoristique, la figure de la bonne copine fofolle, la banalité ordinaire de convoquer un “plan-cul” pour occuper une soirée à tuer ou encore un décor d’appartement aux teintes acidulées sorties d’une sitcom des années 1990. Et le casting bien sûr, avec le trio gagnant formé par Anaïde Rozam, Martin Jauvat et la réalisatrice elle-même, qui est comédienne à l’origine. Plus, en pièce rapportée, l’ancien “Chien de Navarre” Jean-Luc Vincent, avec son grain de folie adapté aux exigences d’un tel univers.

Il est question ici d’un schéma amoureux vaudevillesque, puisque Mira est en couple avec Charles, attachant adulescent à casquette (joué par… qui vous savez), et qui fait rappliquer un type rencontré sur une appli pour tromper son ennui en même temps que son mec, un soir de match du PSG. Sauf que cet Édouard est un quinquagénaire grisonnant, qu’elle fait passer pour son père lorsque Charles débarque pour lui faire une surprise (pour leur “a-baise-ersaire”, nul besoin d’expliciter !). C’est d’ailleurs sans doute là le vrai centre d’inertie, finalement osé, du récit : “Ed” ressemble beaucoup au daron de Mira, qui vit en Chine, après l’avoir laissée tomber et trompé sa mère à qui mieux-mieux ; et pourtant (ou justement pour ça ?), elle couche avec son sosie ! Mahaut Adam s’amuse de ce nœud psychanalytique éléphantesque et joue de développements narratifs prévisibles, mais hilarants par la grâce des tempéraments des interprètes réunis – Charles et Édouard sympathisent comme larrons en foire, se retrouvant sur des points aussi incongrus qu’un amour partagé pour un obscur cinéaste latino de série Z !

Un équilibre entre potentielles potacheries et petites envolées poétiques est une fois de plus à savourer, se traduisant en une jolie séquence de rêve renvoyant à la fois à l’enfance de l’héroïne et à la distance affective et géographique la séparant de son père, enfui au bout du monde, vers l’Extrême-Orient. Le motif de l’animal-totem, au cœur de la dernière séquence, ouvre aussi la comédie vers une dimension supplémentaire, bien loin de l’atmosphère de sitcom assumée (comme dans Sam & Lola) et néanmoins transcendée haut la main.

Christophe Chauville

Réalisation et scénario : Mahaut Adam. Image : Vincent Peugnet. Montage : Jules Coudignac. Son : Matthieu Desnos et Simon Garrette. Interprétation : Anaïde Rozam, Martin Jauvat, Jean-Luc Vincent et Mahaut Adam. Production : Ecce Films.

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