Extrait

Max

Émilien Pichon

2025 - 15 minutes

France - Animation

Production : La Fémis

synopsis

Max, 10 ans, emménage avec son père dans un vieil immeuble où quelque chose cloche. Des bruits étranges, des voisins perturbés, une pièce interdite… Peu à peu, Max comprend que l’immeuble cache un secret terrifiant.

Émilien Pichon

Émilien Pichon a fait une formation de compositeur et monteur son à l’Isart Digital. Il a ensuite travaillé sur la musique et le design sonore de jeux vidéo, puis a été monteur son sur la série d’animation Taffy. Suite à cette expérience, il a souhaité continuer dans le domaine du son à l’image et s’est inscrit à La Fémis avec pour objectif de devenir monteur son. Il a alors pu travailler sur de nombreux courts métrages.

En plus du montage son, il a développé un fort intérêt pour le mixage tout en passant à la réalisation en signant Max, un film de fin d'études en animation, en 2025.

Max a été projeté entre autres au Festival d'Annecy, à Animafest Zagreb, au Mumbai Film Festival et au Kaboom Animation Festival, aux Pays-Bas.

Critique

Avant de glisser vers le mystère et l’épouvante, Max observe l’embarras d’un père et de son fils. Pour son film de fin d’études au département son de la Fémis, Émilien Pichon les cadre tous les deux de face dans une voiture, tandis que leurs regards se croisent à peine. Le père vante le loyer honnête qu’il a déniché et le nouvel appartement qu’il va faire découvrir à son rejeton. On comprend que le divorce est tout frais. Le duo arrive devant un contresens architectural : un immeuble immense, trop haut et trop maigre, planté au milieu des pavillons comme une anomalie. Cette banlieue-dortoir porte bien son nom. Derrière ces murs, les adultes semblent déjà endormis, absents à eux-mêmes.

Le lendemain matin, pour leur premier petit déjeuner, le père veut préparer des pancakes. Mais le sachet de levure qu’il est certain d’avoir acheté reste introuvable. Il fouille le placard, puis se fige, presque en larmes. Max répond à cette détresse par un geste simple : aller chercher un sachet chez les voisins. À l’étage, deux enfants lui apprennent que les adultes sont devenus apathiques. Leur mère ne quitte plus son lit depuis qu’elle a découvert ce que dissimule une porte en bois chez une vieille voisine, qui leur interdit de s’en approcher.

Max transforme l’immeuble en piège vertical. Des couloirs blancs débouchent sur d’immenses escaliers aux perspectives rigides, et le petit corps rond de l’enfant ressemble à une lente boule perdue dans un flipper. Émilien Pichon y mêle dessin, photographie et volumes numériques, quand soudain un œil réel filmé surgit dans un judas : une pupille organique au milieu de ces surfaces sans chair. Ce n’est pas sans rappeler à certaines endroits la fantasy sombre de Coraline (2009), mais au gothique ouvragé de Henry Selick, Pichon substitue des paliers nus, des escaliers sans fin, une tour plantée de travers dans le réel. Derrière la porte, les lignes droites se défont : le bâtiment semble avoir développé un envers vivant.

Max ne ramène pourtant pas cette étrangeté à une simple métaphore de la dépression. Le film retrouve une logique profondément enfantine : à une tristesse sans cause visible, il donne une adresse, une porte, un corps que l’on peut affronter. Un monstre caché dans l’immeuble est peut-être moins effrayant qu’un père effondré devant un placard, parce qu’au moins on sait où le chercher. La levure n’était donc pas un simple prétexte : tandis que les adultes s’affaissent, Max gravit les étages à la recherche de ce qui pourrait encore faire lever la pâte et remettre les corps en mouvement. Pichon prend ainsi l’animation au pied de la lettre : dans un monde d’êtres désanimés, l’enfant est celui par qui quelque chose recommence à vivre.

Arnaud Hallet

Réalisation : Émilien Pichon. Son : Malo Geffraye Meriadec. Interprétation : Adrien Brusorio, Lionel Cecilio, Louanne Dupuy, Joseph Lambert Bordji et Samuel Leconte Rodrigue. Production : La Fémis.