Extrait

L’effort commercial

Sarah Arnold

2020 - 17 minutes

France, Suisse - Fiction

Production : Twosa Films, 5 à 7 Films, Sensito films

synopsis

Pour un emploi saisonnier, Léa prend ses fonctions de caissière dans une grande enseigne de supermarché. Dans un décor vide et aseptisé, la violence du travail se confond avec celle du monde d’aujourd’hui.

Sarah Arnold

Née en 1980, Sarah Arnold a la double nationalité italienne et suisse. Elle est arrivée en France à l’âge de 7 ans et, à l’issue de ses études à l’École supérieure d'audiovisuel de Toulouse (ESAV), a travaillé quelques années dans le domaine de la production. C'est à cette occasion qu'elle a pu rencontrer Helen Olive et Martin Bertier (Utopie Films), qui auront produit ses quatre courts métrages, à savoir Leçon de ténèbres (2010), Totems (2014), Parades (2017) et L'effort commercial (2020).

Tous ont été sélectionnés ou primés dans de nombreux festivals de premier plan et Totems a même obtenu le Léopard d’or à Locarno, tandis que Parades et L'effort commercial ont été pré-sélectionnés aux César.

L'espèce explosive, son premier long métrage, est présenté en 2026 à la Quinzaine des cinéastes du Festival de Cannes. Sa sortie en salles est fixée au 7 octobre prochain.

Critique

Le jeu un peu faux de Pascal Tagnati qui interprète le manager de l’équipe de caissières d’une grande surface nous met d’emblée sur la voie du décalage à l’œuvre dans L’effort commercial de Sarah Arnold, qui présentera à la Quinzaine des cinéastes 2026 son premier long métrage, L’espèce explosive, drame policier au ton décalé. Le scénario réaliste écrit par Aline Crétinoir, à dix-huit ans à peine, a été retravaillé dans un geste d’abstraction par la réalisatrice qui s’en est emparé pour répondre à la commande de l’appel à films “Femmes actives” sur le thème de la jeune femme au travail.

À travers le regard de Léa qui fait son premier jour à la caisse, on découvre le quotidien d’une équipe exclusivement féminine malmenée par des règles infantilisantes, par une pression constante sur leur travail et par une rivalité entretenue entre elles à travers de fausses récompenses pour mieux les diviser. Dans un décor stylisé et sur un fond blanc, les actrices miment les gestes du travail, soit bipper vingt-et-un articles par minute sur le tapis roulant en s’adressant à des clients imaginaires. De cette abstraction surgit d’autant plus l’absurdité de la tâche et la déshumanisation de sa répétition. Travaillée avec une chorégraphe, cette danse des produits fantômes désincarne un travail aliénant comme pouvait le faire Chaplin sur la chaîne de l’usine des Temps modernes. Les verbatim des phrases entendues par la scénariste sont détournés par la distanciation de la mise en scène qui transforme la répétition des gestes observés dans le réel en un discours conceptuel. 

La comédie sociale qui épingle les violences enchâssées de la grande distribution et fait peser sur le bas de l’échelle le poids d’une concurrence effrénée – la hiérarchie est souvent mentionnée, mais jamais visible, perdue dans les nuées des bureaux – se mue en un drame sanglant inspiré d’un fait divers survenu dans une grande surface de Tourcoing. La surdité de la hiérarchie aux appels à l’aide de l’une des caissières aboutit au pire et les traces de sang sur le mur et le sol matérialisent la culpabilité d’une direction aveugle au massacre qu’elle orchestre chaque jour. 

Raphaëlle Pireyre

Réalisation et scénario : Sarah Arnold. Image : Pascale Marin. Montage : Louise Decelle. Son : Colin Favre-Bulle, Jan Vysocky et Adrien Kessler. Musique originale : Jan Vysocky. Interprétation : Candice Pauilhac, Anissa Kaki, Pascal Tagnati, Virginie Lavalou et Clara Chabalier. Production : Twosa Films, 5 à 7 Films et Sensito film.

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