Jouir (en solitaire)

Ãnanda Safo

2021 - 12 minutes

France - Animation

Production : Ten2Ten Films

synopsis

Dans cette ère pandémique interminable, où notre sexualité a dû parfois évoluer, a été éprouvée, des femmes de différents horizons offrent leurs témoignages intimes, abordant leurs désirs et leurs plaisirs en solitaire.

Ãnanda Safo

Originaire de Bourges, Ãnanda Safo y a suivi l'École nationale supérieure d'art (ENSAB) entre 1996 et 1999. Elle a réalisé plusieurs clips et des courts métrages, tant sur le registre documentaire que celui de la fiction (comme les films autoproduits Some Girls en 2011 et Crabe en 2016).

Red Dolman (2014) a reçu le Prix des lycéens au Festival de Saint-Paul-Trois-Châteaux et a été présenté dans la section “Films d'ici” au Festival Premiers plans d'Angers. Réalisé en animation 2D et produit par Ten2Ten Films, Jouir (en solitaire) (2021) a connu à son tour un beau succès en festivals en France et à l'étranger, recevant notamment le Prix de la meilleure animation à Bogoshorts, en Colombie.

Après un documentaire de 52 minutes pour France TV en 2022, Nos âmes déracinées, Ãnanda Safo développe à la fois un projet de premier long métrage, Nos monstres sacrés, et une œuvre VR intitulée 369.

Elle a en outre pratiqué le théâtre en amateur, le cirque et la danse.

À voir aussi, pour plus d'informations, son site personnel.

Critique

Film choral, fragmenté, presque organique, ce projet né de quatorze témoignages et porté par vingt-cinq animatrices et animateurs 2D – auxquels s’ajoutent des regards venus d’Instagram – s’inscrit dans une hybridité des plus fécondes. Ici, l’intime ne se filme pas de façon frontale : il s’invente, se dessine, se déploie en textures, en couleurs, en rythmes.

Dans le sillage d’une pandémie qui a reconfiguré nos rapports aux corps, le film s’empare d’un sujet encore trop rarement envisagé comme un sujet à part entière : le plaisir solitaire féminin. Loin de toute démonstration, il privilégie la polyphonie. Les voix se répondent sans s’imposer, dessinant un espace de confidence où le désir devient récit, et le récit matière visuelle.

L’animation agit comme un révélateur plutôt qu’un filtre. Chaque segment épouse une sensibilité propre : formes ludiques ou abstraites, élans plus charnels. Cette diversité plastique accompagne celle des expériences vécues, évitant ainsi l’écueil d’un discours uniforme. Patchwork visuel et sonore, le film ne disperse jamais : il trouve sa cohérence dans cette écoute plurielle.

Comment représenter le plaisir féminin ? À cette question, Ãnanda Safo répond par un geste collectif, presque bricolé. Quelque chose s’affirme, doucement mais fermement : faire exister des paroles encore trop peu audibles, porteuses d’une dimension profondément politique, où témoignent des corps apprivoisés et réinvestis.

Réalisé en pleine période pandémique, dans une forme d’urgence assumée, le film invite à se réinventer, à se libérer. Les récits avancent à tâtons ; il ne s’agit pas de définir le plaisir, mais d’en faire entendre les variations, les hésitations, parfois les contradictions.

Objet sensible, parfois inégal mais toujours habité, Jouir (en solitaire) se distingue par la sincérité de son élan. Réalisé en quelques mois, sans budget, il conserve quelque chose de cette énergie brute, presque instinctive. Court, hybride, nécessaire  – un film qui ouvre un espace de parole encore trop cloisonné.

Léa Drevon

Réalisation et scénario : Ãnanda Safo. Montage : Pauline Chabauty et Fanch Le Bos. Son : Maxime Ledan et Raphael Bigaud. Musique originale : Sylvain Texier. Production : Ten2Ten Films.

À retrouver dans