Dolly.Zero
Ugo Bienvenu
2017 - 4 minutes
France - Animation
Production : Miyu Productions
synopsis
Dolly et Silvio s’aiment pour toujours.
biographie
Ugo Bienvenu
Né le 10 mai 1987, Ugo Bienvenu est fils de diplomate et a vécu au Guatemala, au Tchad et au Mexique, avant que son parcours le conduise vers les bancs de l’École d’Estienne, puis de l’École des Gobelins et enfin de l’ENSAD (École nationale supérieure des Arts décoratifs).
Lors de sa dernière année aux Gobelins en 2010, il rencontre Kevin Manach avec lequel il réalise son premier court métrage d’animation, Voyage chromatique, en fait un clip pour l’artiste Renart, reconnu sur la scène techno française.
Ils forment ensemble le duo de dessinateurs Manach & Bienvenu, qui œuvre dans différents domaines : la publicité (pour Hermès, par exemple), la presse magazine (Le Nouvel Obs, XXI…), le clip (pour Renart ou Jabberwocky). En 2017, ils signent l’affiche du Festival d’Annecy et, suite à un appel d’offre, sont embauchés par Marvel pour dessiner la mini-série Ant-man. Ils ont également participé à la réalisation d’un livre avec Marie Desplechin et à des projets télévisés en collaboration avec Arte ou Canal+, comme le générique d’H-Man, une série sur un héros français.
Leur court métrage Maman est sélectionné au Festival de Clermont-Ferrand en 2014 et Ugo Bienvenu enchaîne avec Dolly.Zero en 2017, ainsi que plusieurs clips (dont Fog, pour Jabberwocky). Il coréalise ensuite avec Félix de Givry un film pour la 3ème Scène de l'Opéra de Paris, L'entretien, en 2019.
Il se consacre alors à l'aventure d'un premier long métrage d'animation avec Arco, coécrit avec Félix de Givry – encore lui – et coproduit par Remembers et MountainA (la société de Natalie Portman). Le film remporte en 2025 le Cristal du long métrage au Festival international du film d'animation d'Annecy et le Prix du public du Champs-Élysées Film Festival, avant de sortir en salles en France à l'automne suivant.
Le César 2026 du meilleur film d'animation en long métrage suit, avec dans la foulée une belle nomination aux Oscars, à Hollywood, dans la même catégorie. Le Prix Jean-Renoir des lycéens complète cet imposant tableau d'honneur en mai 2026.
Il coécrit alors le scénario d'un long métrage d'animation développé par le réalisateur François de Riberolles : L'hiver du fer sacré.
Critique
Au terme d’une route qui semble mener tout droit vers une carte postale californienne, un couple rejoint une villa moderniste suspendue au-dessus d’une mer turquoise. À bord de leur voiture, Dolly et Silvio consultent une mystérieuse brochure qui semble leur expliquer méthodiquement comment rejoindre la demeure, puis comment finir de s’aimer en se tuant.
Réalisé en 2017 pour une chanson d’Antoine Debarge, Dolly.Zero emprunte à la science-fiction son dispositif de départ : deux amants, un protocole énigmatique et des doubles appelés à leur succéder. Les aplats de couleurs, les silhouettes stylisées et les puissantes compositions géométriques situent le film quelque part entre le pop art de Roy Lichtenstein et l’imaginaire visuel de Métal Hurlant.
Ugo Bienvenu compose un futur lumineux, baigné de roses artificiels et de couchers de soleil mauves, tandis que les lignes de la villa prolongent les routes, que les falaises et la végétation répondent aux surfaces polies des murs, comme si le paysage lui-même avait été dessiné par un architecte d’intérieur. C’est précisément cette douceur synthétique qui inquiète. Les meurtres surviennent dans la lumière d’un soir d’été, les corps deviennent des objets à déplacer, les sentiments des étapes à suivre. Comme si l’existence entière avait été confiée à un service après-vente.
Cette coexistence entre soleil hollywoodien et violence programmée confère au film son étrange pouvoir de fascination. La curieuse mélancolie qui s’en dégage doit aussi beaucoup à la chanson d’Antoine Debarge, une variation électro de la Melody Nelson de Serge Gainsbourg. Derrière ses synthétiseurs et sa diction somnambulique affleurent des motifs de disparition, des évocations fanées et de Californie rêvée. Les “mémoires de Dolly” et cette “photo jaunie au soleil” évoquent finalement moins l’immortalité que la survie des souvenirs. Vu aujourd’hui, Dolly.Zero apparaît comme l’esquisse d’une singularité rare dans la science-fiction contemporaine : la volonté de penser le futur sans renoncer à la beauté. Avec cette idée candide mais tenace que pour habiter un souvenir, il faut habiter une image, la rendre donc désirable, aussi douloureuse soit-elle. Derrière ses clones et ses protocoles, le film compose un monde dans lequel on aurait malgré tout envie de vivre. Une intuition qu’Ugo Bienvenu portera plus loin encore avec son premier long métrage, la vaste et envoûtante rêverie futuriste Arco, dont il dira qu’il voulait “consoler l’humanité”. Et au sommet d’un Hollywood fantasmé et majestueux, comme si Aragon s’était brûlé aux UV, on se demande toujours si c’est bel et bien ainsi que les hommes vivent. À changer de corps et ranger les cadavres au placard pour continuer à admirer la vue.
Arnaud Hallet
Réalisation, scénario, image et montage : Ugo Bienvenu. Son : Arnaud Toulon. Musique originale : Antoine Debarge. Animation : Ugo Bienvenu, Léo Schweitzer, Augustin Guichot, Alessandro Vergonnier, Jawed Boudaoud et Xavi Síri. Production : Miyu Productions.


