Extrait

Avec l’humanité qui convient

Kasper Checinski

2023 - 25 minutes

France - Fiction

Production : Takami Productions

synopsis

Dans une antenne Pôle Emploi en pleine restructuration, Hélène, directrice adjointe, reçoit un e-mail alarmant de la part d’une chômeuse désespérée. Cette dernière menace de venir mettre fin à ses jours dans les locaux de l’agence. Avec l’aide de son équipe, Hélène va tenter de démêler les dysfonctionnements internes à l’origine de l’affaire afin d’empêcher l’irréparable. Le temps est compté.

Kasper Checinski

Né en Suède de parents polonais en 1983, Kasper Checinski vit et travaille en France depuis 2007.

Après avoir obtenu un master en histoire de l’art, il se consacre entièrement à la création cinématographique, réalisant plusieurs films autoproduits au cours des années 2010.

En 2018, il se rapproche de la société Takami Productions, avec laquelle il tourne en 2023 le court métrage Avec l’humanité qui convient.

Le film est alors sélectionné dans une kyrielle de festivals (Angers, Alès, Pantin, etc.) et reçoit notamment le Prix SACD de la meilleure première œuvre de fiction à Clermont-Ferrand en 2024.

Critique

Dans une antenne Pôle Emploi en pleine restructuration, tout vacille à la réception d’un mail : une chômeuse annonce qu’elle viendra mettre fin à ses jours dans les locaux. De ce point de départ, Kasper Checinski déplace aussitôt le regard – moins vers la tragédie annoncée que vers le système qui la rend possible. Le film délaisse l’événement pour en ausculter les rouages : dossiers empilés, responsabilités diluées, humanité en suspens.

Le choix de point de vue s’avère décisif. Plutôt que de suivre la victime, maintenue hors champ, le film s’ancre du côté d’Hélène, directrice adjointe d’apparence rigide. Sous le vernis managérial, Joséphine de Meaux laisse affleurer une inquiétude croissante, une conscience qui se fissure à mesure que l’urgence progresse. Son jeu capte l’essentiel : une impuissance qui s’installe. Invisible, la femme désespérée n’existe que comme problème à résoudre, ticket à traiter, dysfonctionnement à circonscrire.

Le film épouse alors une mécanique d’étouffement. Couloirs saturés, dialogues qui s’entrechoquent, collègues débordés se renvoyant la faute : chacun est pris dans un engrenage qui le dépasse. La mise en scène, austère et dépouillée, observe sans emphase comment l’institution fabrique du désespoir. La violence y est diffuse, portée par des employés qui oscillent entre cynisme, fatigue et perte de sens. La responsabilité est partout et nulle part à la fois.

Le titre, emprunté à une formule tristement célèbre, agit comme un révélateur à l’ironie cinglante. L’humanité y est sans cesse invoquée, toujours contrariée par la bureaucratie. Aucun coupable n’est désigné – seulement une chaîne de défaillances où tous participent, malgré eux, à une logique déshumanisante. Checinski filme le travail avec la précision sèche d’un constat, sans nostalgie ni condescendance. Tendu jusqu’à la dernière minute, le film installe une asphyxie progressive et laisse une impression persistante : celle d’un service public à bout de souffle.

Léa Drevon

Réalisation : Kasper Checinski. Scénario : Kasper Checinski et Florence Hugues. Image : Pascale Marin. Montage : Rémi Langlade. Son : Nicolas Cadiou, Claire Ladenburger et Yann Petit-Pierre. Musique originale : Sylvain Lemêtre. Interprétation : Joséphine de Meaux, Pierre André, Toufik Bourromana, Johann Cuny, Benoît de Gaulejac, Amandine Dewasmes, Yatou Inai, Christian Julien, Margot Ladroue, Luc Lémonon et Hyam Zaytoun. Production : Takami Productions.

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