Adieu à Rémi Bernard
Nous avons appris avec stupeur, au tout début de cette semaine, la disparition soudaine de Rémi Bernard, délégué général du Festival Paris Courts Devant et véritable figure du secteur, que nous avions eu naturellement l’occasion de côtoyer fréquemment. Nous voulions, comme il se doit, rendre hommage à ce grand serviteur du court métrage, au sens noble du terme.
Rémi et Nathalie. Nathalie et Rémi. Un couple à la ville et un duo professionnel à la fois complémentaire et indissociable. Pourtant, la brutalité du destin les sépare aujourd’hui, avec la triste annonce de cette disparition qui a sidéré le petit milieu du court métrage ce lundi. Rémi Bernard a été emporté par un accident cardiaque. Le cœur fatigué, a-t-on tendance à penser (et craindre), par les difficultés s’étant accumulées ces dernières années pour organiser chaque année, contre vents et marées, le Festival Courts Devant, au-delà des obstacles financiers.
Mais ce vaillant tandem y parvenait à chaque fois et avait même célébré les 20 ans de la manifestation – leur bébé – au début de cette année. Beaucoup de cinéastes, producteurs/trices, technicien(ne)s et acteurs/trices y étaient passés, notamment ces dernières années aux 7 Batignolles, où le festival avait trouvé son écrin idéal après avoir connu plusieurs lieux d’accueil, du Cinéma des cinéastes au MK2 Bibliothèque. Un site du XVIIe arrondissement peu éloigné du havre de cette charmante cour où vivaient Rémi Bernard et Nathalie Kouper, à quelques pas de la Place de Clichy et où des séances de courts métrages en plein air avaient parfois eu lieu sous leur impulsion.

Passionné, cultivé, courtois, généreux et respectueux, Rémi servait le cinéma et ses créateurs/trices avec constance, humilité et talent. Il savait les mettre en valeur au mieux, avec beaucoup de cœur, on y revient, et cette similitude de champ lexical apparaît ces jours-ci douloureuse pour toutes celles et ceux qui l’auront croisé, que ce soit à Paris Courts Devant ou ailleurs, au gré des événements clés du secteur, de Clermont-Ferrand à la Fête du court métrage, en passant par les César ou les Nuits en or.
Doué également pour le graphisme, qui avait été sa formation initiale, Rémi avait en outre été réalisateur, signant plusieurs courts métrages, notamment Le goût du fer, qui avait été sélectionné en 1993 en compétition officielle de la catégorie à Cannes, rien de moins ! Le film avait aussi remporté le Grand prix à Villeurbanne, tandis que celui qui l’avait précédé, Épreuve d’artiste, s’était vu attribuer le Prix du public à Brest en 1991.

En 2010, il avait aussi signé Claire et Zoé, un “pré-film”, comme il se plaisait à le présenter, pour un long métrage qui n’avait finalement pas abouti. Vanessa Guide en tenait l’un des rôles principaux. Mais c’est bien sa présence toujours inspirée au micro, lors de séances de tous types à Paris Courts Devant – dont il signait en outre les bandes-annonces – qui nous restera en mémoire, tandis que Nathalie n’était jamais très loin, bien sûr. Et on pense tout particulièrement à elle, ainsi qu’à leurs proches, face à cette cruelle épreuve. Le vide est grand pour nous aussi.
Photos : © Stéphane Félicité / Paris Courts Devant.
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Nous voulons également republier ici le petit texte que Rémi Bernard avait envoyé à l’attention du portfolio édité à l’occasion des 40 ans de L’Agence du court métrage, en 2023, sur le film qu’il avait choisi (et pour cause !) : Comme les doigts de la main d’Éric Rochant (1984).



