"Mimi de Douarnenez" de Sébastien Betbeder
Mimi habite à Douarnenez depuis toujours, près de ses amis et de son père récemment veuf. Mimi est le genre de fille qui prend la vie comme elle vient (même si la vie met parfois sur son chemin des embûches ou, dans ses chaussures, des cailloux).
À travers le personnage de Mimi, employée dans un cinéma art et essai de Douarnenez, Sébastien Betbeder dresse le portrait d’un secteur en crise. Fréquenté par un public de plus en plus rare et vieillissant ("une sortie d’Ehpad", ironise la jeune femme), le Club pâtit, comme bien d’autres salles, du Covid et de la concurrence des plateformes. Présente sur tous les fronts, Mimi porte le lieu à bout de bras alors que plus rien ne semble pouvoir lutter contre "la mort du cinéma". Seule Madame Yoshino, unique et fidèle spectatrice de la salle, donne encore un sens à son travail : arrivant équipée de son caddie, comme si elle venait se nourrir d’images en mouvement, le cinéma représente pour elle une activité essentielle. Elle se distingue par sa position, au centre du cadre, entourée de chaises vides, autant que par son enthousiasme à toute épreuve.
Tout s’écroule en réalité autour de Mimi, dont la mère est décédée il y a peu de temps et qui voit un adolescent sauter d’un balcon par amour pour elle. Malgré leur noirceur, ces événements sont dépeints avec humour : la première serait "morte d’ennui" quand la chute du second se solde par une jambe cassée, dont l’image exagérément gore prête à sourire. Mimi, loser attachante au volant de sa voiture de mini-golf, commente ce quotidien morose avec une voix-off nonchalante et pleine d’autodérision. Ses retrouvailles avec Gaspard de Kermarec, une ancienne connaissance venue présenter son film au cinéma, se révèlent tout aussi désastreuses. Alors qu’elle l’effraie par ses manières bourrues (notamment lors d’une hilarante scène de repas), il apparaît comme un piètre réalisateur, dont l’arrogance parisienne ne suffit pas à dissimuler l’angoisse profonde. Si les personnages butent d’abord l’un contre l’autre, gauches et embarrassés, les masques tombent en même temps que le jour et une détresse commune les réunissent alors.
Oscillant entre légèreté et mélancolie, le film entier semble pouvoir être résumé par son image finale : un gros plan sur le visage de Mimi, regardant son père jouer du tuba devant la tombe de sa mère, avec un sourire triste. Le résultat importe ici moins que l’intention et la maladresse avec laquelle le veuf exécute le morceau rend d’autant plus émouvant cet ultime témoignage d’amour. De la même manière, la poursuite impossible d’une relation entre Mimi et Gaspard n’annule pas la chaleur réconfortante de leur rencontre qui aura illuminé, le temps d’une nuit, leurs existences cabossées.
Chloé Cavillier
Texte paru dans Bref n°129, 2024.
Réalisation, scénario et montage : Sébastien Betbeder. Image : Romain Le Bonniec. Son : Olivier Pelletier, Dorian Racin, Claire-Anne Largeron et Roman Dymny. Musique originale : Franck Marguin et Geoffroy Montel. Interprétation : Valentine Verhague, Ferdinand Niquet-Rioux, Paul Moulin, Michiko Yoshino, Nolwenn Korbel et Raphaël Ruault. Production : Envie de tempête Productions.


